Au côté des séparatistes ?
Le candidat du Front pour le Salut National du Cameroun (FSNC), M. Issa Tchiroma Bakary, a tenu le 4 octobre 2025 un meeting très couru à Bamenda, dans la région du Nord-Ouest. Un meeting durant lequel le candidat a mentionné être régulièrement en contact avec Christopher Anu Fobeneh, leader du Gouvernement Intérimaire d’Ambazonie.
« Je suis en contact avec les sécessionnistes. Connaissez-vous Chris Anu ? […] Nous nous parlons, nous sommes en désaccord sur plusieurs sujets. Avant de venir ici, je lui ai dit : “Chris, je viens chez moi à Bamenda, qui est aussi chez toi. Prends soin de moi” », a-t-il déclaré.
Au cours de ce meeting, il a également présenté des excuses publiques pour ses mises au point passées comme ancien ministre de la Communication (2009-2019). Dans cette ancienne posture de ministre de la Communication, il avait nié l’existence d’une « crise anglophone ». Il a donc promis d’organiser une table ronde avec tous les acteurs clés pour résoudre le conflit dans le NOSO. Des propos applaudis par la foule.
Le démenti de Christopher Anu Fobeneh (Chris Anu).
Face à cette situation, Chris Anu a réagi le 6 octobre (deux jours après) via les réseaux sociaux. Il a publiquement nié être le « meilleur ami » de Issa Tchiroma ou avoir des contacts réguliers avec ce dernier. Chris Anu a dénoncé ces propos comme étant des tissus de mensonges destinés à jeter le discrédit sur le mouvement séparatiste. Chose qui, loin d’invalider les affirmations de Tchiroma, ajoute une controverse.
L’ONG Action 237 Suisse s’insurge.
Les propos de Issa Tchiroma Bakary ébranlent l’opinion publique, tant interne qu’externe. L’ONG Action 237 Suisse, dans son statut d’organe consultatif auprès du Conseil Économique et Social (ECOSOC), via un communiqué rendu public le 6 octobre 2025, a réagi aux déclarations tenues par M. Issa Tchiroma Bakary, candidat du Front pour le Salut National du Cameroun (FSNC), au sujet de ses liens étroits avec les acteurs clés du groupe sécessionniste nommé « Les Ambazoniens ».
D’après le communiqué, l’organisation condamne fermement les propos du candidat qui affectent gravement la mémoire des victimes des exactions terroristes dans le NOSO. L’ONG a également rappelé les principes et le contexte de la liberté d’expression, en précisant qu’elle ne saurait être absolue.
« La liberté d’expression est consacrée par une disposition expresse de la Constitution. Elle est une condition de l’exercice individuel ou un élément indispensable à l’épanouissement humain. Elle est encore le fondement de l’État de droit. Elle est également indispensable au plein exercice de la démocratie. Cependant, elle ne saurait être absolue. Elle n’est pas garantie et doit nécessairement être limitée par les exigences de l’ordre public dans le cadre de la sauvegarde de l’ordre public, de la tranquillité, de la sécurité, de la salubrité et de la morale publique », peut-on lire.
En toute fin de communiqué, l’ONG a mis en garde toute personne susceptible de proférer de telles allégations, sous peine de poursuites judiciaires.
Le point de vue juridique.
Le point de vue juridique ne s’est pas fait attendre. Maître Emmanuel Nsahlai, avocat camerounais très connu pour ses actions judiciaires contre les séparatistes aux États-Unis, a effectivement réagi à ce sujet le 6 octobre 2025 à Yaoundé.
L’avocat a qualifié les propos de Tchiroma de « connivence avec une organisation étrangère terroriste ». Un argument qui démontrerait une certaine dépendance, un « manquement à la loyauté » et une atteinte à l’unité nationale.
« Sont inéligibles toutes personnes qui, par leur propre fait, se sont placées en situation de dépendance ou de connivence avec une personne, une organisation ou une puissance étrangère ou un État étranger », article 118 du Code Électoral camerounais cité par Maître Emmanuel Nsahlai.
« La Présidence du Cameroun ne saurait être confiée à quiconque entretient publiquement des liens avec des figures issues d’une organisation étrangère cherchant à détruire la République. La loi est explicite. L’article 118 a été conçu précisément pour prévenir ce type de trahison de la souveraineté nationale », a ajouté Maître Emmanuel Nsahlai.
Raison pour laquelle il a recommandé de déposer une requête au niveau du Conseil Constitutionnel pour une possible disqualification de Issa Tchiroma, et, par la même occasion, d’informer ELECAM (Elections Cameroon) et le MINAT (Ministère de l’Administration Territoriale) de ces « motifs d’inéligibilité ».
Chris Anu.
Christopher Anu Fobeneh est un élément clé du mouvement séparatiste ambazonien aux États-Unis. Il est lié au « Gouvernement Intérimaire d’Ambazonie », qui, d’après le gouvernement camerounais, représente une organisation terroriste visant à créer un État indépendant dans les régions anglophones (Nord-Ouest et Sud-Ouest).
À ce jour, plus de 20 responsables de ce groupe sécessionniste ont été poursuivis ou condamnés aux États-Unis à cause de leurs liens de soutien au terrorisme ou de violations des lois sur les armes, suite à des plaintes déposées par des avocats camerounais, dont Emmanuel Nsahlai, devant des tribunaux fédéraux américains.
Contexte et implications de l’élection en cours.
La campagne présidentielle se poursuit. L’élection présidentielle du 12 octobre 2025 est imminente. Tchiroma, 76 ans, ancien allié de Paul Biya, se voit comme le potentiel candidat de la transition et de l’opposition, avec un programme basé sur trois grands piliers : la réconciliation nationale, l’audit des finances publiques et la lutte contre le chômage.
Rallier les régions anglophones était le but visé par son meeting du 4 octobre à Bamenda. Des déclarations qui, au lieu d’apaiser les tensions, ont créé un scandale, perçu comme une véritable gaffe, motif d’inéligibilité. Cependant, Issa Tchiroma encourt-il réellement une disqualification ? La suite nous le dira.



