Le virus Hépatite E circule de façon silencieuse dans les eaux usées de la ville de Yaoundé. C’est ce qui ressort des conclusions de l’étude récemment rendue publique, réalisée par des chercheurs de l’Institut de Recherches Médicales et d’Études des Plantes Médicinales pour la revue scientifique 𝑃𝐿𝑂𝑆 𝑂𝑛𝑒.
L’étude.
Durant l’année 2023, des échantillons d’eaux usées ont été prélevés chaque mois (de janvier à décembre) dans de nombreux lieux de la capitale comme les hôpitaux, les quartiers résidentiels, les marchés et les points d’irrigation pour les cultures (Bonas, Paposy, Biyem-Assi, Mvog-Ada).
Après étude, il en est ressorti qu’environ plus d’un quart (26,4 %) des échantillons prélevés étaient souillés par le virus Hépatite E. D’après cette étude, les zones dites résidentielles figurent parmi les plus touchées par le virus avec près de 42 % des échantillons positifs.
L’eau servant à l’arrosage des cultures a également été détectée contaminée par l’hépatite E. Un gros risque pour l’alimentation des populations. D’après les scientifiques, la saison sèche est propice à ce virus par rapport à la saison pluvieuse.
Au regard de l’analyse génétique, les souches détectées s’apparentaient presque à celles détectées chez les rongeurs, loin des génotypes humains habituels. Ce résultat inquiétant démontre à suffisance le risque de transmission du virus Hépatite E entre les rongeurs et les populations de Yaoundé.
Une véritable sonnette d’alarme.
Menée par le Centre de Recherche sur les Maladies Émergentes et Réémergentes (CREMER) de l’IMPM, en collaboration avec plusieurs universités camerounaises et internationales, cette étude ô combien importante interpelle sur la nécessité de redoubler d’efforts dans le processus d’assainissement des quartiers, des points d’eau et des cultures. À cela, il faut ajouter que les stratégies nationales de santé publique devraient mettre un accent sur la surveillance accrue des épidémies dans les eaux usées.
Rappelons qu’en juin 2025, dans une première étude, l’IMPM avait déjà démontré la présence de cinq virus responsables de gastro-entérites dans les eaux usées de Yaoundé. La confirmation de la présence du virus de l’hépatite E vient donc donner plus de poids à cette première étude.
Un mécanisme d’épidémiologie sur la base des eaux usées serait donc crucial afin de pouvoir anticiper la survenue de potentielles épidémies dans les communautés avant même que les symptômes apparaissent.
L’hépatite E.
Notons que le virus Hépatite E est une infection virale du foie dont la transmission se fait par voie oro-fécale à travers de l’eau ou de la nourriture contaminée. Les symptômes de ce virus sont entre autres : fièvre modérée en phase initiale, baisse de l’appétit, nausées et vomissements, douleurs abdominales, démangeaisons, éruptions cutanées ou douleurs articulaires, ictère (jaunissement de la peau), urines sombres et selles pâles, foie légèrement élargi et sensible (hépatomégalie).
Des complications qui peuvent s’accentuer chez les femmes enceintes et les personnes fragiles. D’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’hépatite E cause chaque année plus de 44 000 décès dans le monde.



