Les contestations post-électorales se poursuivent. Un mouvement constitué de fervents soutiens d’Issa Tchiroma Bakary a donné une conférence de presse à Paris, la capitale française, essayant de maintenir la pression sur Yaoundé.
Malgré la proclamation officielle de la victoire de Paul Biya pour un huitième mandat avec 53,66 % des voix, l’ancien ministre, aujourd’hui en exil en Gambie, continue de revendiquer la première place. D’après nos confrères de RFI, cette rencontre médiatisée visait à remobiliser l’opinion nationale et à interpeller les instances internationales sur la situation politique du Cameroun.
D’après ces soutiens d’Issa Tchiroma Bakary, le calme apparent à Yaoundé est une illusion. « Une crise sans précédent, pourquoi ? Parce qu’on a des preuves, la fraude est documentée. Donc, ça donne une tout autre tonalité à ce que nous vivons. Tout le monde en a marre », a déclaré Armelle Mbappe, porte-parole du mouvement.
Une lassitude sociale qui trouve un écho dans les propos de la femme d’affaires Rebecca Enonchong. « Je récuse l’idée d’un peuple passif face au pouvoir. Souvent j’entends : Ah, les Camerounais sont dociles, ils ne réagissent pas, ils ne marchent pas. Mais ils crient par des actes concrets. Quand les femmes se couchent sur une route parce qu’il n’y a pas de courant, c’est la colère de tous les Camerounais qu’elles sont en train d’exprimer », a-t-elle déclaré.
Le secteur judiciaire figure parmi les points clés de cette offensive médiatisée. Un collectif d’avocats a annoncé le recensement d’une soixantaine de décès de civils lors des répressions post-électorales, parmi lesquels le cas d’Anicet Ekane, opposant décédé en détention le 1er décembre à l’âge de 74 ans. Un cas qui cristallise l’attention et suscite des tensions.
Pour Muna Ekane, fils d’Anicet Ekane, la version officielle n’est guère crédible. « Ils l’ont tué, ils l’ont assassiné ! Anicet Ekane était un homme de 74 ans, il souffrait d’une pathologie chronique stabilisée, il n’était pas censé mourir, contrairement à ce qu’on veut nous faire croire. Mon père n’avait aucun doute sur le fait que le vainqueur, c’est le président Issa Tchiroma Bakary », a-t-il déclaré (propos relayés par RFI).
Cette mobilisation à l’étranger souligne la persistance des fractures nées du scrutin. Comme le dit un proverbe bien connu, la fumée ne s’élève jamais sans feu. Les partisans du changement tentent désormais de transformer l’indignation en actions concrètes devant les tribunaux internationaux.
Pour l’heure, les autorités camerounaises n’ont pas réagi officiellement à ces déclarations faites depuis le sol français. La suite de ce bras de fer politique dépendra en grande partie de la capacité de l’opposition à maintenir cette pression internationale alors que le pays s’apprête à entrer dans une nouvelle année civile sous haute tension.



