Des propos qui ont poussé l’opposition à réagir. C’est le cas du parti MRC (Mouvement pour la Renaissance du Cameroun) qui, dans un droit de réponse récemment accordé et publié, a recadré Jeune Afrique en mettant le journaliste François Soudan, directeur de la rédaction du média, face à ses responsabilités.
Le droit de réponse.
Dès l’entame du droit de réponse, le MRC a souligné l’implication du qualificatif avancé par le média, et surtout, la portée d’un tel jugement.
« Dans un article récent, vous avez cru devoir qualifier l’opposition camerounaise de plus bête d’Afrique. Une telle affirmation, choquante dans la forme et infondée dans le fond, ne peut rester sans réponse. Derrière ce jugement méprisant, c’est toute une stratégie de dénigrement qui trouve un écho complaisant dans vos colonnes : faire passer l’opposition pour incompétente afin de masquer les manœuvres systématiques du régime en place pour verrouiller la compétition politique. » peut-on lire.
Le MRC a ensuite rappelé le contexte de la candidature rejetée de son ex-président, le Pr. Maurice Kamto. « Le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) rappelle que la candidature de son ex-président, le Pr. Maurice Kamto, a été invalidée non par manque de rigueur ou d’intelligence politique, mais à travers des procédés antidémocratiques grossiers. Parmi ceux-ci, la manipulation orchestrée autour du MANIDEM : le ministère de l’Administration territoriale a fabriqué de toutes pièces un président fantoche, M. Dieudonné Yebga, pour l’opposer au président historique, M. Anicet Ekane. L’objectif était clair : créer artificiellement une situation de candidatures multiples et fournir un prétexte fallacieux au Conseil constitutionnel pour écarter la candidature du Pr. Kamto. ».
Dans la suite du droit de réponse, le MRC a expliqué la traque dont le parti a fait l’objet, tant par des emprisonnements que par des interdictions. « L’arrestation et l’emprisonnement du Pr. Kamto en 2019, avec plus de 200 militants du MRC, pour avoir dénoncé pacifiquement les fraudes électorales, demandé la réforme du code électoral, le retour à la paix dans les régions anglophones et dénoncé les détournements massifs des fonds alloués à la construction des infrastructures de la CAN 2019. De nombreux militants ont été condamnés à de lourdes peines de prison, certains y ont perdu la vie et d’autres y sont encore pour plusieurs années. La mise en résidence surveillée du Pr. Kamto en 2020 durant près de deux mois. L’interdiction systématique de nos meetings et manifestations pacifiques, réprimées avec une violence policière disproportionnée, alors même que le parti au pouvoir bénéficie d’un accès illimité à l’espace public et médiatique. Les pressions et intimidations sur nos cadres et militants, allant de la mise sous surveillance aux licenciements arbitraires, dans le but de briser tout élan démocratique. Tout récemment encore, le 4 août, l’arrestation de près d’une soixantaine de militants et sympathisants du MRC devant le Conseil constitutionnel simplement pour avoir exprimé l’envie d’assister aux audiences du contentieux préélectoral qui sont pourtant publiques. M. Mbadjou Jean-Jacques est à ce jour écroué à la prison centrale de New-Bell à Douala où il a été arrêté à la suite de l’odieuse audience de ce contentieux préélectoral, interpellé à plus de 400 kilomètres de la salle d’audience au soupçon d’être sympathisant de Maurice Kamto. NB : En rappel, toutes ces personnes interpellées sont jugées ou traduites devant les tribunaux militaires qui sont une juridiction d’exception ».
Le parti a ensuite MRC recadré le média. « Qualifier de bêtise la résistance courageuse d’un parti et d’un peuple face à une machine d’exclusion politique, c’est inverser la charge des responsabilités. Ce n’est pas l’opposition qui est « bête » ; c’est le système qui est verrouillé. Monsieur Soudan, vos propos ne salissent pas seulement le MRC ou Maurice Kamto : ils insultent les millions de Camerounaises et de Camerounais qui croient en la démocratie, malgré la répression et les injustices. Ils trahissent aussi l’exigence de rigueur qui devrait être celle d’un journal qui se veut la référence panafricaine ».
Pour terminer, le MRC a mis le média et l’auteur de l’article face à leurs responsabilités en rappelant le rôle de la presse. « Nous vous mettons face à vos responsabilités. Le rôle du journaliste n’est pas de recycler les narratifs du pouvoir, mais d’éclairer l’opinion publique avec honnêteté et respect des faits. Le rôle de Jeune Afrique n’est pas de distribuer des quolibets, mais d’analyser les dynamiques politiques avec impartialité et profondeur. Monsieur Soudan, vos propos ne salissent pas seulement le MRC ou Maurice Kamto : ils insultent les millions de Camerounaises et de Camerounais qui croient encore en la démocratie, malgré la répression et les injustices. Ils trahissent aussi l’exigence de rigueur qui devrait être celle d’un journal qui se veut la référence panafricaine ».
Au-delà de tout, l’opposition est un maillon essentiel de la politique d’un pays. Elle permet le jeu de contradiction, nutriment de la politique. Disparate ou pas, aucune opposition ne devrait être qualifiée de bête, peu importe les agissements.



