Depuis la proclamation des résultats du scrutin par le Conseil constitutionnel, les manifestations postélectorales se poursuivent à travers le pays, malgré les répressions. Dans son message, le président du FSNC conteste les résultats officiels du 27 octobre, qu’il qualifie de “faux et tronqués”.
“Camerounais, Camerounaises ! Depuis la proclamation des résultats arrachés à la vérité des urnes, notre pays traverse une tension inédite. Une fois encore, la volonté du peuple a été confisquée, la souveraineté populaire piétinée”, a-t-il déclaré.
Un appel à la résistance pacifique.
Pour Issa Tchiroma, les manifestations observées sont pacifiques. Il estime que les Camerounais se sont exprimés avec “la seule arme que leur accorde la Constitution : leur voix”.
“Le peuple s’est levé, digne et courageux. Du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, les Camerounais se sont exprimés pacifiquement, mais cette voix a été accueillie par le fracas des armes. Des balles réelles ont répondu au chant de liberté”, a-t-il déploré.
L’ancien ministre a dénoncé la brutalité de la répression, évoquant des arrestations arbitraires, des centaines de morts et de blessés, et des familles plongées dans le deuil. “Nos enfants ont été fauchés dans la fleur de l’âge. Les marches pacifiques ont été transformées en scènes de répression aveugle”, a-t-il poursuivi.
“Une République sans pudeur”.
Issa Tchiroma a également fustigé l’attitude des autorités en place, qu’il accuse de se réjouir de cette situation. “Pendant que le peuple souffre, les responsables de ces tragédies festoient sans pudeur. Dans une vidéo virale, le président du Conseil constitutionnel, dans l’ivresse du champagne, s’est vanté d’avoir assuré la victoire du président sortant. Quelle honte pour notre République ! ”, a-t-il dénoncé.
Face à cette situation, il invite les Camerounais à observer une période de paralysie générale du pays. “Je vous appelle, du lundi 3 au mercredi 5 novembre, à observer des villes mortes. Que le pays se fige pour que le monde sache que nous résistons. Fermons nos commerces, suspendons nos activités, restons chez nous en silence pour montrer notre solidarité ”, a-t-il exhorté.
Il a conclu en appelant à l’unité nationale et à la persévérance dans la voie pacifique : “Restons debout, unis, fiers et solidaires face à ceux qui invoquent la paix tout en semant la terreur. Je vous le répète : notre victoire ne sera pas volée. Je ne vous trahirai jamais.”
Sous protection de l’armée loyaliste.
Dans une autre publication, Issa Tchiroma a remercié “l’armée loyaliste” pour sa protection, tout en adressant un message de soutien aux personnes arrêtées et aux membres de sa famille “kidnappés. “Je ne me reposerai pas jusqu’à ce que ce régime vous rende votre victoire”, a-t-il écrit, promettant une adresse solennelle à venir.
Guillaume Tanga Nkoulà renforce la thèse d’un scrutin manipulé.
Le 31 octobre, le chercheur quantitatif Guillaume Tanga Nkoulà a publié une analyse sur LinkedIn qui donne du poids à la thèse d’un scrutin présidentiel faussé.
En examinant les résultats par département, il affirme avoir identifié “deux Cameroun”. Un premier, “normal”, où le taux de participation oscille entre 50 et 60 %, et un second, “anormal”, où la participation atteint 80 à 97 %, des chiffres “impossibles dans la réalité”.
Selon lui, dans les zones à participation normale, Issa Tchiroma est souvent en tête ou proche de Paul Biya. Mais dans les zones à participation “exceptionnelle”, le président sortant l’emporte largement.
Ses recalculs sont révélateurs : à 90 % de participation ou plus, Biya ne mène plus que de 7 points ; à 80 % ou moins, Tchiroma passe devant ; à 70 % ou moins, il gagne clairement.
D’après Guillaume Tanga Nkoulà, ces écarts suggèrent une manipulation électorale. “Les taux de participation anormalement élevés expliquent l’avance artificielle de Paul Biya”, conclut-il.
Alors que le président sortant prêtera serment le 11 novembre prochain pour un nouveau septennat, le pays reste sous tension. Les manifestations s’arrêteront-elles ? Le Cameroun retrouvera-t-il la paix et la stabilité ?
La réponse dépendra sans doute de la capacité des acteurs à agir “en faveur du peuple et pour le peuple”.



