Le ministre des Finances du Cameroun a officiellement présenté le 19 février 2026, le programme de financement de l’État pour l’année en cours. Ce plan, présenté comme ambitieux, vise à mobiliser pas moins de 1 650 milliards de FCFA. L’objectif est triple : financer les projets publics structurants, apurer les soldes dus aux entreprises et aux partenaires, et renforcer la crédibilité financière du pays sur la scène nationale et internationale.
Sur le marché financier local, les instruments de mobilisation de l’épargne que sont les titres publics restent opérationnels, mais ils évoluent désormais dans un environnement plus concurrentiel et exigeant. La tendance observée entre 2020 et 2025 est parlante le taux d’intérêt moyen des bons du Trésor a grimpé de 2,67 % à 6,65 %, tandis que les taux de couverture des émissions ont sensiblement reculé. Cela traduit une vigilance accrue de la part des investisseurs, plus sélectifs dans leurs placements.
Malgré ces contraintes, le Cameroun a su tirer son épingle du jeu en 2025 en mobilisant plus de 1 318 milliards de FCFA sur le marché monétaire. Ces ressources ont permis de poursuivre le financement des grands chantiers inscrits dans la Stratégie Nationale de Développement 2030. Fort de cette dynamique et fort d’une habilitation du chef de l’État, le gouvernement entend franchir un palier supplémentaire en 2026.
Pour atteindre l’objectif record de 1 650 milliards de FCFA, l’État a bâti une architecture de financement diversifiée. La stratégie repose sur un équilibre entre plusieurs sources : 400 milliards seront levés sur le marché domestique, 1 000 milliards sur les marchés internationaux, et 250 milliards auprès du secteur bancaire local. Cette répartition vise à mutualiser les risques et à capter l’épargne là où elle se trouve.
Le recours au marché international n’est pas un choix anodin. Comme l’a expliqué le ministre Louis Paul Motaze, cette décision répond à une logique économique claire. Elle doit permettre d’apurer les « restes à payer », un fardeau structurel qui pénalise la croissance, et de restaurer la fluidité de la chaîne de la dépense publique. « Cette opération a permis de relancer rapidement l’exécution des projets et de sécuriser la mise en œuvre du budget 2026 », a-t-il précisé.
Pour sécuriser le démarrage de l’exercice budgétaire, une première opération d’envergure a déjà été menée. Le 30 janvier 2026, une émission obligataire par placement privé de 750 millions de dollars a été réalisée à Londres. Accompagnée par de grandes banques d’affaires internationales comme Citigroup et JPMorgan Chase, l’opération a rencontré un vif succès, avec un livre d’ordres approchant le milliard de dollars. Le ministre a salué « la confiance renouvelée des investisseurs dans la solidité de la signature de l’État ».
Parallèlement, des discussions sont en cours pour une syndicalisation domestique qui pourrait rapporter environ 200 milliards de FCFA. Au-delà des enjeux purement financiers, ces levées de fonds revêtent une dimension citoyenne. Comme le souligne le ministre, chaque obligation souscrite contribue directement à la construction d’infrastructures, d’écoles ou d’hôpitaux, faisant du marché des titres publics un véritable pacte de confiance entre l’État et les investisseurs pour le développement économique du pays.



