Il est partout. Dans les échanges sur les réseaux sociaux, dans les chansons de rap, dans la bouche des adolescents de Yaoundé, Douala ou Ngaoundéré : « Morrow, j’ai un dur rencard avec un chat mort que je dois tuer ». L’expression « chat mort », ou simplement « chat » par ellipse, s’est imposée depuis un peu plus de deux décennies comme l’un des symboles les plus vivants du camfranglais et, plus largement, du français populaire camerounais. Mais d’où vient-elle vraiment ?
Pour trouver une réponse à cette question, il faut remonter le temps. À la fin des années 1990 et au début des années 2000, le bouillonnement culturel ivoirien est tel que ses musiques en l’occurrence le zouglou, le coupé-décalé ou encore le mapouka conquièrent toute l’Afrique. Le Cameroun n’échappe pas à la vague. Comment cela aurait-il d’ailleurs été possible quand on sait que le producteur camerounais Jean-Pierre Saah a produit plusieurs artistes musiciens de Côte d’Ivoire ?
En janvier 1999, le groupe ivoirien Anti-Palu sort un album intitulé La main de Dieu, composé de 9 titres et produit, justement, par Jean-Pierre Saah. Tiré de la piste 4, le single « Zouké » fera un carton sur toute l’étendue du territoire camerounais.
Cette chanson raconte l’histoire d’un homme qui, pris par l’« envie de zouker », emmène sa partenaire en boîte de nuit. Sauf qu’en dansant, celle-ci va péter, sans doute parce qu’« elle n’arrivait pas à respirer ». Et lorsque le monsieur lui demande : « Peux-tu me dire quel parfum tu as mis aujourd’hui ? », elle lui répond : « Mon chéri coco, c’est un nouveau parfum qu’on appelle les trois chats ». Et lui de renchérir que deux des trois chats sont morts.
C’est de cette séquence que vient la locution nominale « chat mort » pour désigner, dans un premier temps, une femme aux mœurs légères (comme celle que l’on pourrait rencontrer dans une boîte de nuit). Cette locution va ensuite renvoyer à toute femme qui occupe la seconde place dans une relation amoureuse. C’est de là, également, que vient le verbe « tuer » pour signifier « faire l’amour » en camfranglais.
Avec le temps, « chat mort » va se simplifier, peut-être par euphémisme, pour devenir « chat ». Et aujourd’hui, force est de constater que le terme « chat » ne s’applique plus seulement aux femmes, mais également aux hommes.

